Tribune SFU

TRIBUNE


(textes présentés sous la responsabilité de leurs auteurs)


URBANISME : POUR UNE VILLE DESIRABLE
Au motif qu'elle ne cesse de s'étaler toujours plus loin au-delà de ses remparts d'origine, il est devenu difficile de s'accorder sur une définition de la ville, qu'elle soit durable ou désirable! A l'inverse, il semble y avoir consensus sur la définition d'une ville dont personne ne veut : « trash city » ou la ville repoussante.

Jean-François GUET urbaniste, délégué à la recherche CERTU - 5 avril 2011


L'ESPACE VERT AU PREMIER PLAN DE LA REPRÉSENTATION DE LA VILLE DÉSIRABLE :

L'image d'un projet d'opération d'aménagement est portée par des vues d'ensemble qui expriment le parti retenu par l'urbaniste. Habilement dessinées par des spécialistes, ces vues ont un objectif déterminant: séduire! Dans un premier temps, séduire les édiles et les membres du jury s'il y a concours. Séduire les acteurs de la ville directement concernés ou non: riverains, promoteurs et constructeurs puis habitants et électeurs. In fine, séduire les futurs acheteurs des produits immobiliers proposés. Bien sûr, on sait bien que les comportements d'achat sont dictés par la sphère des émotions. Objectif séduction : l'îlot, le quartier et la ville doivent impérativement être désirables! A l'examen des rendus des projets d'écoquartiers primés dans le cadre de l'appel à projet organisé par le ministère de l'Écologie, les vues d'ensemble proposées par les candidats respectent scrupuleusement ce qui ressemble fort à une règle de l'art : aux premiers plans, des arbres et de la pelouse, parfois une pièce d'eau, et, bien entendu, des gens heureux avec une prime à la figure de la maman épanouie accompagnée de ses jeunes enfants. Au loin, des indications de bâti qui ne permettent pas, même aux professionnels, de lire le parti d'aménagement retenu. La végétation, en masquant le projet et ses imperfections, invite à la rêverie bucolique à la façon d'une toile de Watteau. Supercheries? Peut-être, mais est-il possible d'échapper aux règles de la publicité dès lors que ce sont des planches et des images qui portent le projet? Bien hypocrite alors, celui qui ironise devant des rendus d'urbanistes conçus comme des affiches! La ville désirable c'est soleil, verdure et jolies mamans d'abord!



LE GRAND ENSEMBLE OU L'ESPACE VERT AU CŒUR DE LA VILLE REPOUSSANTE :


Le « grand ensemble » apparaît aujourd'hui comme un archétype de la ville repoussante. C'est loin d'être le seul et on peut ajouter les quartiers anciens dégradés, ou les quartiers en mutation des proches banlieues. En France, on a perdu de vue que le concept de « grand ensemble » s'opposait alors violemment, à celui, plus ancien, de « cité jardin ». La contestation par Le Corbusier du concept d'Ebenezer Howard est, pour partie l'expression de l'opposition féroce entre progressistes et réactionnaires, entre espaces verts et jardins familiaux. Dès lors, à densité équivalente, le parti de la « cité radieuse » est le négatif de celui d'une cité- jardin: un immeuble d'habitat collectif posé sur ses pilotis, au milieu d'un parc public, son « écrin de verdure ». Ce concept sera décliné sous bien des formes différentes dans les projets de grands ensembles dont il faut souligner que la densité restera faible et comparable à celle d'un lotissement, laissant aux espaces verts la moitié au moins des surfaces. Dans tous ces projets, le bâti est organisé autour de l'espace vert traité à l'anglaise (pelouses, massifs), fragmenté (Marly les grandes terres, de Lods et Honegger), ou uniforme (Les courtillières à Pantin, de Aillaud). Le parti de « ville archipel » du quartier du Lac à Bordeaux proposé par Arsène-Henry a été rendu à l'encre verte! Cependant, dans la réalité quotidienne de ces quartiers, l'espace vert, c'est ce qui reste après le bâti et les voiries: un immense délaissé, mal délimité, qui coûte toujours trop cher à entretenir! En effet, comme le montre le choix des essences, pelouse interdites d'y marcher en tête, il n'a pas d'autre fonction que l'ornement: aucun usage donc! Or, ce qui ne sert à rien, ne vaut rien: bel exemple de foncier à valeur négative! On ne s'étonnera guère que ces espaces verts n'aient jamais conféré une image positive à ces quartiers. Abondance d'espaces verts ne suffit pas à rendre la ville désirable.



L'ESPACE VERT, L'APPROCHE HÉDONISTE DE LA VILLE DÉSIRABLE :


Au sens littéral, la ville désirable renvoie à une vision hédoniste du fait urbain. Il n'est pas avéré que cette philosophie fondée sur la recherche du plaisir individuel immédiat soit compatible avec celle du développement durable qui repose sur la satisfaction des besoins des générations futures. Cependant, l'hédonisme est désormais un facteur déterminant des prix de l'immobilier qui est le seul à expliquer les différences entre quartiers, îlots et immeubles, et, au sein d'un même immeuble, les différences entre appartements identiques. Ceci est cohérent avec la vieille règle des 3 S: ce qui compte dans le choix d'un logement, c'est la situation, la situation et la situation. 1) la situation dans la ville ou l'agglomération, 2) la situation dans le quartier, 3) la situation dans l'ilot ou l'immeuble. A cet égard, le périurbain offre, entre ville et campagne, une situation d'autant plus enviable que sa relation aux, emplois, aux équipements (santé, éducation), aux services et aux commerces est facilitée; d'autant plus désirable que le foncier constructible y est abondant et abordable. Dans ce contexte, la vue préservée sur un site naturel, la proximité d'un parc ou d'un jardin public, un jardin privatif, un mail d'arbres voire un sujet remarquable sont des valeurs objectives. On considère alors que les espaces verts sont des aménités urbaines qui doivent être conçues et exploitées pour répondre à la demande des habitants comme des visiteurs: promenade et contemplation, pratiques de jeux ou de sports, aires de pique-nique ou guinguettes. Mieux les espaces verts sont composés et dessinés, mieux ils sont organisés, exploités et entretenus, plus ils influent à la hausse sur les prix. Hélas, au delà d'un certain niveau de prix, la ville désirable ne devient accessible qu'à la classe sociale supérieure. En cela, la ville désirable ne peut pas être durable. On devine alors, le rôle que jouent les « gourmets urbains » qui savent dénicher, organiser, occuper et valoriser, de nouvelles situations. Dans nos métropoles, que de quartiers ouvriers sont devenus des quartiers chics: la Croix Rousse à Lyon parmi tant d'autres. Si la ville désirable doit tout à sa situation, la ville durable doit offrir une situation désirable à chacun de ses habitants.



EN FINIR AVEC LA VILLE REPOUSSANTE : UNE ARDENTE OBLIGATION!



Rendre la ville désirable suppose d'en finir d'abord avec la ville repoussante. Si la ville repoussante ne vaut rien, c'est dire à ses habitants, qui n'y sont pour rien, qu'ils ne valent pas grand-chose. A l'iniquité de la situation économique et sociale des populations défavorisées qui peuplent les grands ensembles, s'ajoute le mépris exprimé par le délaissement d'un espace public sans signification ni usage, sans même délimitation lisible. Au titre du développement durable et de la morale républicaine, l'équité nous dicte de redonner du sens et de la valeur à l'espace public en général et aux espaces verts en particulier. Ceci suppose d'en fixer des limites raisonnables et lisibles, de l'ordonnancer selon les usages, collectifs et individuels, attendus des habitants et de composer avec les végétaux pour accompagner ces usages. Pour être désirable, la ville durable doit se faire belle!


Les professionnels qui font la ville :
des aménageurs aux nouveaux urbanistes

Encore trop souvent absents en France des opérations d’aménagement urbain, les urbanistes devraient tirer profit des changements dans les modes de production de la ville pour affirmer leur mission d’ensemblier et assumer ainsi un rôle qu’ils ont souvent chez nos voisins.

Nicolas BUCHOUD Urbaniste SFU /OPQU
Directeur de cabinet adjoint, délégué au développement - Ville de Clichy

nicolas.buchoud@ville-clichy.fr


Les dynamiques du développement urbain, en Ile-de-France comme dans les aires urbaines importantes de notre pays, sont marquées par des mutations profondes du paysage juridique, du jeu des acteurs de l’aménagement et de l’habitat : ouverture à la concurrence dans les opérations d’urbanisme, multiplication des sources de financements et des PPP (partenariats public/privé), préoccupations environnementales, concertation...

Texte intégral


Ville Nature
Réfexions à propos du concept de la ville-nature

Alain AVITABILE Urbaniste SFU, directeur d’étude à l’agence d’urbanisme de la région stéphanoise

aavitabile@epures.com



Cet article fait suite aux 2èmes rencontres internationales de recherche en urbanisme de Grenoble tenues les 5 et 6 février 2004 à l’Institut d’urbanisme sur le thème de « la ville nature contemporaine, quelle réalité, quel projet »


Nouvelle idéologie venant légitimer la poursuite et le redéploiement de l’habitat péri-urbain ou du mitage de l’espace rural, fuite pour certains de la vie urbaine , force est de constater l’émergence de cette recherche de nature, que celle-ci soit symbolique (les plantes et fleurs des balcons d’immeubles urbains) ou procédant d’un besoin plus profond de contact sensoriel mais aussi d’enracinement dans un monde de mobilité généralisée (« nomadisme »). Ce thème émerge non seulement dans le monde des milieux professionnels et des chercheurs mais aussi dans les attentes formulées par les usagers et relayées par les élus locaux.
A l’heure où des SCOT s’engagent et par ailleurs des projets de territoire déclinés dans des contrats d’agglomération et chartes de pays, ce thème repose la question des modèles de développement urbain, quelque peu oubliée dans les méandres de la gestion des droits des sols, les projets urbains étant quant à eux généralement très localisés.
Il semble par ailleurs que les approches du paysage portées par les professionnels commencent à être partagées en apportant une autre dimension que celle du paysage patrimoine et en se voulant interroger les territoires pour constituer une entrée au projet sur de plus larges échelles.
Ce sont aussi des démarches participatives qui se font jour en la matière en posant le paysage comme entrée dans une démarche de projet partagé avec les acteurs de la société civile.
Enfin, avec la montée en régime des intercommunalités (sous l’impulsion de la « loi Chevènement »), la mise en place des politiques contractuelles en application de la LOADT (« loi Voynet »), avec leur volet foncier (que nous aborderons), il semble qu’un contexte favorable soit ici réuni pour penser les territoires comme espaces de projet (et pas seulement de planification) à une échelle large, c’est à dire à l’échelle de la « ville-territoire ».
Certes, la loi Urbanisme et Habitat est venue affaiblir le caractère incitatif de la loi SRU sur les SCOT en réduisant les périmètres d’inconstructibilité en leur absence et ceci n’est pas sans reposer le problème des rapports entre espaces ruraux et espaces urbains des agglomérations. Alliée au phénomène de métropolisation en tant que dynamique de développement engendrant des effets sur des territoires très vastes , se pose d’emblée la question et le risque d’une dichotomie entre des espaces régulés, sous différentes formes, y compris sous « gouvernance urbaine », et des espaces, notamment ruraux, de « gestion localisée » échappant à ces régulations et néanmoins sous l’influence des dynamiques urbaines et métropolitaines.
Sans entrer dans ce vaste débat, sont livrées ici quelques réflexions issues de l’observation des pratiques du projet de territoire et de la planification aux côtés des gestionnaires des territoires et qui se veulent poser la question de l’opérationnalité du concept de la ville-nature.

En premier lieu, si les travaux méthodologiques conduits à ce jour dans le domaine du développement durable et notamment les différentes grilles produite ont pêché à notre sens par un excès de globalisation dans leur application , l’approche par le paysage en revanche, dans une acception élargie, et bien que mettant en jeu des spécificités professionnelles, apparaît comme une clef d’entrée privilégiée pour aborder les dynamiques et les problématiques d’évolution des territoires et notamment le projet de territoire. En effet, on parle souvent de paysage et de paysagistes, en dehors du patrimoine, en faisant référence au « paysage conçu », dans le cadre de projets opérationnels d’aménagement portant sur des espaces maîtrisés. En revanche, le paysage non conçu qui est la résultante des activités de tous et procède de cette fabrication-évolution spontanée des territoires engendrée par les dynamiques urbaines et leur traduction en termes d’utilisation des sols. Celles-ci sont tendanciellement en rupture avec le mode de structuration traditionnel du paysage agricole qui a donné lieu à cette harmonie spontanée et produit implicitement une syntaxe à partir de ses différentes composantes prenant en compte la géographie des lieux, par nécessité.
Or, la production de ce paysage spontané est aujourd’hui bien peu encadrée et régulée, malgré les différentes générations de plans locaux d’urbanisme dans lesquels le paysage n’est qu’un des éléments pesant sur les décisions de « zonage » et où beaucoup pensent seulement en termes d’insertion dans le paysage sans s’interroger sur l’opportunité d’urbaniser.
Dans les cas particuliers de sites identifiés (sites classés ou inscrits, éléments d’intérêt paysager référencés dans les PLU,…), la régulation n’intervient souvent que dans la phase finale de la chaîne, à savoir au moment où intervient la demande d’autorisation de construire qui s’est déjà portée sur un lieu précis laissant une faible marge de manœuvre à la collectivité si celle-ci n’a pas établi au préalable un plan ou schéma de paysage qui soit opératoire, ce qui peut conduire à des situations de blocage.
Ceci amène à dire que le paysage, loin d’être une démarche sur des espaces considérés comme résiduels comme cela a été le cas jusqu’à une période récente, est un acte qui doit intervenir en préalable et s’intégrer à la démarche globale de projet, que ce soit à l’échelle du projet urbain, dans une acception élargie de la conception urbaine (c’est à dire intégrée dans une notion de composition urbaine et paysagère), ou à celle du projet de territoire, où il s’agit d’une autre nature de conception, procédant d’une réflexion sur les logiques urbaines et leurs implications sur le paysage pour définir des modes de régulation et de gestion adéquats et non d’une démarche de « dessin » d’un espace le plus souvent maîtrisé.

Un autre intérêt de l’approche paysagère est son usage comme vecteur de démocratie participative. En effet, hormis sa composante physique et sa perception visuelle, le paysage évoque et renvoie à des usages mais également à des représentations, mettant en jeu toute la dimension qui constitue la valeur symbolique du paysage pour chaque individu particulier (habitant, usager, visiteur, acteur,…) selon ses référents propres. En d’autres termes, le paysage n’existe que par rapport qu’à sa perception, par définition subjective, et s’il peut y avoir une culture dominante en un contexte déterminé établissant un consensus implicite sur sa valeur, il n’en est pas autant de la valeur symbolique liée à l’imaginaire de chacun, de son propre vécu et de son ressenti des lieux pratiqués. Or cette dimension doit être prise en compte en tant que telle et non objectivée.
A titre d’exemple, le cas des jardins ouvriers ou des traces d’un passé industriel dans des territoires en reconversion (comme par exemple dans la région stéphanoise ou dans le nord de la France) peuvent avoir une forte valeur et constituer des éléments de référence à préserver pour certains et pour d’autres à faire disparaître pour s’en affranchir et construire un nouvel avenir porteur des valeurs de la modernité. Il y a donc là un sujet majeur de débat et de débat public légitime qui peut constituer un angle d’attaque privilégié d’exercice de la gouvernance urbaine. Des ateliers participatifs ont été menés dans ce sens là avec des acteurs de la société civile.
En même temps, ceci n’exclut pas d’avoir une approche rigoureuse préalable permettant précisément de mieux poser le débat en utilisant les outils modernes de la cartographie informatique, d’analyse de la configuration objectives des lieux et des covisibilités, parallèlement à ce travail, d’écoute et d’animation de débat avec les différents acteurs.
Le paysage étant la résultante d’un territoire et d’activités humaines avec des logiques d’utilisation des sols, c’est en ce sens que cette approche par le paysage peut constituer une « entrée » transversale et pédagogique à la démarche de projet de territoire.
Elle présente en outre l’intérêt de permettre d’établir un débat à partir de référents concrets et connus du grand public et des gestionnaires du territoire et s’avère particulièrement propice à une sensibilisation sur les logiques à l’origine de l’évolution des territoires et donc à poser la question des enjeux et les choix envisageables en en imaginant les implications concrètes. Il s’agit là d’un cheminement pouvant amener les acteurs à s’interroger sur ces logiques et, in fine, à situer et à cibler leurs marges de manoeuvre en matière de régulation de l’évolution des territoires.
A ce titre, la loi SRU, avec SCOT et PLU, apporte peu d’éléments nouveaux. Elle s’enrichit certes dans ses intentions de la démarche stratégique et de la notion de projet sans apporter pour autant de nouveaux registres d’action opératoires. Le PADD, mis en avent dans la démarche, reste un document à caractère général, voire de support explicatif des options retenues, les « orientations d’aménagement » quant à elles, facultatives , venant le plus souvent s’inscrire comme l’affichage de projets entérinés ou pour inscrire des prescriptions sur des opérations d’aménagement identifiées ou en cours de réalisation sur des sites très localisés (notamment en remplacement des dispositions des PAZ dans les ZAC). Ainsi, le véritable registre de gestion des droits des sols demeure le règlement et ses documents graphiques (plan de zonage), qui peuvent inclure le repérage d’éléments d’intérêt paysager, cette disposition étant antérieure à la loi SRU (loi Paysage).
Toutefois, dans ce cadre, en définitive renouvelé à la marge (pour ce qui concerne les PLU), le registre foncier est en revanche mentionné, de même que la LOADT prévoit un volet foncier dans les contrats d’agglomération.
A titre d’exemple d’application possible dans les zones péri-urbaines, le souci de nombreux élus de conserver une faible densité bâtie, pouvant conduire à imposer des tailles de parcelles minimales, pourrait trouver, (en dehors de la production d’une offre d’habitat intermédiaire dans les tissus constitués), une alternative dans la constitution de tissus pavillonnaires plus denses ménageant par ailleurs des espaces verts collectifs significatifs, à travers des prescriptions (article 13) et un classement en zones à urbaniser permettant à la collectivité d’encadrer les opérations.

L’utilisation des outils comme la ZAD (permettant de préempter sur la base de valeurs antérieures d’un année à sa création) est aussi de nature à permettre d’écrêter les valeurs foncières et de rendre possible et acceptables des actions d’intervention foncière, au regard des coûts de la trame verte urbaine recherchée ou de la ville-nature afin de « tenir » de manière pérenne ces « coupures vertes » ou « limites d’urbanisation » que les espaces agricoles ne peuvent assurer durablement.

Enfin, quelques opérateurs se sont lancés dans des programmes de logements collectifs urbains en recherchant, outre des formes intermédiaires évoquant la maison individuelle, cette idée de nature (intégration de jardins urbains, de terrasses plantées, de patios,…). Le succès de ces premières opérations montre aussi que le concept de ville-nature n’est pas uniquement réservé au modèle de l’habitat pavillonnaire et peut aussi se décliner dans des opérations urbaines.
C’est aussi le travail sur la ville constituée elle-même en recherchant un maillage des espaces verts publics et de tout ce qui concourre à une présence plus forte de la nature dans la ville, voire en usant d’un travail de scénographie pour établir des covisibilités ou continuités visuelles avec les espaces libres situés aux franges, le cas échéant.



Les urbanistes d’en bas
La Loi SRU en question 20/02/03

Babacar MBOUP Urbaniste SFU

mboupbb@hotmail.com


Les urbanistes d’en bas sont les professionnels de terrain qui œuvrent quotidiennement afin de transformer durablement la ville en société. Dans l’exercice de leurs pratiques professionnelles, ils sont confrontés aux ségrégations urbaines qui recomposent la France en géométrie variable ceux d’en haut d’un côté et ceux d’en bas de l’autre. Ils assistent impuissants aux exclusions urbaines qui sont générées par une demande de logement qui dépassent cinq parfois six fois l’offre disponible.

Face à cette situation, et dans la perspective d’une modification de l’article 55 de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain qui avait comme ambition de contribuer modestement au renforcement de la solidarité entre les communes en matière d’habitat, les urbanistes se devraient de rompre avec le silence.

En réalité, l’article 55 SRU obligeait les collectivités territoriales de rattraper leur retard lorsque les logements sociaux dans la commune sont inférieurs à 20% des résidences principales, en privilégiant le caractère intercommunal du dispositif et en permettant à l’Etat de se substituer aux communes en cas de carence de celle-ci. A l’évidence, le lever de bouclier est provoqué par l’institution d’un prélèvement de 152 ¤ par logement manquant sur les recettes des communes ayant moins de 20% de logements sociaux.

Nous analysons l’institution de la contrainte de 152 ¤ comme l’aboutissement de la conséquence du refus des collectivités d’appliquer la loi d’orientation pour loi N° 91-662 du 13 juillet 1991 reprise partiellement par le Pacte de relance pour la ville loi N°96-987 du 14 novembre 1996 énonçant que « le programme local de l’habitat définit, pour une durée au moins égale à cinq ans, les objectifs et les principes d’une mixité sociale en s’assurant entre les communes et entre les quartiers d’une même commune une répartition équilibrée et diversifiée de l’offre de logements ».
Qu’est ce qui garantit l’applicabilité de la nouvelle version de l’article 55 de la loi SRU ?

Il ne suffit pas évidemment de savoir que la solidarité, la réduction des inégalités sont inscrites dans la loi pour répondre favorablement au sursaut national indispensable pour recréer du lien social. Tout le monde sait que la mise en œuvre d’une norme juridique en particulier en matière d’urbanisme nécessite un contrôle et un suivi des autorités compétentes. De la dépendance à un régime de liberté, de volonté politique pour réaliser la mixité sans résultat, on est passé à une contrainte juridique avec des avancées timides. Nous pouvons craindre que le retour au système de liberté de faire ne soit garant de résultats satisfaisants.
Dans la mise en œuvre de l’article 55, le ministre du logement veut remplacer la contrainte par la contrat. En droit, la loi est supérieure au contrat, les dispositions d’un contrat ont force de loi lorsqu’elles sont conformes à la loi.

La crise du logement social, (environs trois millions de mal logés * ) que traverse la France est indéniablement liée à l’insuffisance** de l’offre face une demande qui ne cesse d’accroître. Nous savons que le rythme de 80 000 logements par an dans les années 80 n’a pas cessé de décroître jusqu’à atteindre 38000 logements en 2000 en dépit d’une dotation de l’Etat maintenue à 70 000 logements par an.
D’après la Direction Générale de l’Urbanisme de l’Habitation et de la Construction, dans une première évaluation de la loi SRU, en 2001 la production de logements sociaux a été relevée à 56 000 alors qu’il en faudrait 300 000 par an pour espérer résorber le déficit de logements dans les dix prochaines années.

Certes, nous souscrivons à la pensée dynamique du droit, c’est pourquoi nous partageons toutes les initiatives qui tentent d’adapter la loi SRU en particulier dans la recherche de mixité sociale et dans un souci d’augmenter de l’offre de logements sociaux.
Cependant, nous ne pouvons nous empêcher d’interroger le ministre du logement sur l’urgence de la modification de la loi SRU, lorsque la politique de renouvellement urbain de son homologue de la ville estime à 200 000 le nombre de logements à démolir dans dix ans. Faites le compte, les chiffres annoncés n’augurent pas une sortie de crise à court terme.


Nous proposons :

La concertation
Devant l’ampleur de la crise du logement, compte tenu des errances et des incohérences dans la politique du gouvernement en matière de logement social, nous suggérons au ministre du logement de relancer la concertation avant de modifier définitivement la loi SRU dans un esprit de clientélisme électoral. Un projet de cette nature nécessite la prise en compte des avis des professionnels, des élus, des citoyens (associations, habitants) avant toutes décisions susceptibles de rompre les équilibres partiels qui devraient être consolidés. Nous rappelons qu’il a fallu plus de trente et un an d’attente pour modifier et adapter la Loi d’Orientation Foncière de 1967 et deux ans de réflexion, de discussion et de consultation ont été nécessaires pour produire un texte de loi qui n’est pas encore à la hauteur des attentes des professionnels et de la réalité.

La communication
La communication est une des forces que nous reconnaissons à l’équipe de la France d’en bas en place. Ce gouvernement qui s’est distingué dès son entrée en fonction par les tapages médiatiques, les campagnes de publicité, a l’obligation de refaire l’image du logement social tant au niveau architectural qu’au niveau occupation sociale.
Nous rappelons qu’il ne s’agit plus de construire des barres et des tours ou de regrouper les populations en difficulté dans un même quartier. A priori, les derniers mécanismes de financement du logement social sont conçus afin que ce dernier concerne les deux tiers de la population française d’en bas y compris les 82% qui ont permis de restituer les valeurs républicaines le 21 avril 2002.

L’aggravation de l’article 55 de la loi SRU
L’aggravation de l’article 55 est indispensable pour atteindre les objectifs de mixité urbaine, sociale et résidentielle. La réalisation de la mixité passera par la répartition équilibrée quantitativement et qualitativement des logements sociaux entre les quartiers d’une même commune comme le préconisait le Pacte de relance pour la ville.
Le ministre du logement a résisté à son propre camp en maintenant l’objectif de 20% de logements sociaux pour les communes de plus de 1500 habitants en Ile-de-France, et pour les communes en DSU ayant moins de 15% de logements sociaux. Le gouvernement a également maintenu le décompte de 20% au niveau de chaque commune au lieu du niveau de l’agglomération.

Par là, le gouvernement reconnaît que la loi SRU, notamment l’article 55 correspond à une réelle demande de société.


Conclusion :

Certes, il faut réfléchir ensemble sur la mise en œuvre de l’article 55 de la loi SRU, en tenant compte des réalités locales. Cependant, il est indispensable de reconnaître que la lente reconstruction de la société à laquelle nous assistons est loin de compenser la régression et la désagrégation du tissu social. Enfin, la pénurie de logement social transcende les clivages politiques, son traitement appelle la conscience républicaine. La difficulté et la sensibilité de la problématique du logement social ne toléreront pas un consensus mou qui ne reflétera que la prise en compte des intérêts individuels au détriment de l’intérêt général.
Que pense le ministre du logement de l’assertion de Roger SUE dans son ouvrage « Renouer le lien social » lorsqu’il dit : « comme on le sait, la valeur du contrat est moins dans le contrat lui-même, dans sa lettre, que dans le rapport de force des acteurs qui l’animent et l’interprètent ».


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* Selon le rapport de la Fondation ABBE PIERRE
** Le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées dans son avis rendu le 8 novembre 2002 sur la proposition de loi portant modification de la relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbain.


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Urbanistes et Culture
Contribution de la SFU au CEU, sur le thème "Culture des villes - Identité" 2001

Christophe MIGUET Architecte DPLG Urbaniste SFU/OPQU

contact@toutart.com


Culture comme objet
La culture des villes est un nécessaire objet d’expertise, tout aussi banal qu’important, pour les urbanistes. L’urbaniste doit imaginer la confrontation des savoirs techniques et des analyses avec le champ culturel… Alors que la culture touche la profondeur de l’âme : à quoi rêvent les gens, comment évoluent leurs attitudes. La transdisciplinarité est de mise avec les sciences humaines, la philosophie, voire la théologie et la morale.

Culture comme sujet
Quel ville on veut, quelle ville on vit : tel est le sujet du moment, en corollaire à l’interrogation permanente des urbanistes sur la démocratie. Par exemple, l’on sait que certains citadins (adolescents, immigrés, travailleurs habitant dans d’autres endroits que leur lieu d’activité…) ne sont pas forcément des citoyens (hommes actifs électeurs de nationalité française). Qui choisit la ville pour qui ? est une question d’urbaniste.

Culture comme fait
Les échecs et les succès de la société urbaine sont assis sur un terreau culturel que l’urbaniste tente d’identifier pour nourrir ses actions. Il ne se contente pas d’une culture énoncée (par des manifestations plus ou moins officielles), il associe la culture à l’homme et tente d’explorer le large champ de ses usages. Comme pour d’autres questions touchant la ville, il reste circonspect face à l’expression trop exclusive des cadres politiques et administratifs et des professionnels de la culture.

Culture comme éthique
Dans nos sociétés aux valeurs changeantes, l’identité culturelle peut autant signifier le dialogue avec autrui que le repli négatif sur soi. Aussi, l’urbaniste, comme d’autres de ses partenaires, véhicule l’idée qu’il n’y a pas d’identité culturelle sans éthique de l’information.

Culture comme fondement
On cite souvent la tradition de l’indien d’Amérique qui sait dès le plus jeune âge à quel point il est un être unique : nul ne peut le remplacer. Il sait tout autant qu’il existe des millions d’êtres qui lui sont semblables… La question ontologique - celle de l’être - est la question de l’urbaniste face à la globalisation. La société planétaire n’est pas seulement arraisonnée par la technique, le commerce et l’utilitarisme. La mondialisation n’est pas réduite à l’interpénétration progressive des économies. L’utopie de l’urbaniste est qu’à travers cette toile, chaque individu - citoyen du monde - soit le porteur fort d’un projet personnel comme savent le faire certains intellectuels ou certains artistes.

Culture comme représentation
Depuis l’avènement de la modernité, au siècle dernier, le sens des choses a bougé ; après l’éradication des mythes et de la théologie. Le rapport au territoire est en mutation : le village n’est plus la représentation sublime (subliminale) de l’identité culturelle et de ses accroches. Il en est de même avec la remise en cause du modèle de la ville européenne. L’on se sent appartenir à son quartier et à sa ville ; mais aussi à la France et à l’Europe, et peut-être au monde entier, grâce au développement fulgurant des réseaux. L’accroche est devenue immatérielle, les valeurs sont véhiculées par des images. L’urbaniste s’intéresse beaucoup à ses images qui témoignent des mouvements culturels au travers de nouveaux systèmes de représentation. Mieux encore, s’il en connaît les techniques de fabrication, il en perçoit d’autant plus les tromperies et les limites.

Culture comme changement
L’urbaniste s’interroge sur la problématique du changement. Les mouvements d’urbanisation et leurs conséquences sont l’ordre culturel de la ville. Un ordre de plus en plus sauvage car les riches ont de moins en moins besoin des pauvres et sont peu enclins à la solidarité. L’urbaniste cherche à comprendre ces changements avec une appréhension globale et (peut-être) une approche systémique des problèmes. Il prône un nécessaire décloisonnement des intervenants (les gens, les professionnels, les institutions…).

Culture comme partage
L’urbaniste ne confond pas la coordination des efforts à opérer pour le développement durable de la société urbaine avec un simple partage de compétences de gens spécialisés.

Culture comme pratique
Pour parler de culture de la ville, l’urbaniste doit être un représentant respecté et écouté de la culture de son époque : Il est donc sous-entendu qu’il est lui-même cultivé. D’autant qu’il intervient au niveau des concepts ou dans le champ du dessin(ein) urbain.

Culture comme contre-pouvoir
Le travail de l’urbaniste sur la culture de la ville est la manifestation d’une résistance à une société oublieuse de totalité et d’authenticité. La volonté de réguler une société “ fractale ” qui tend à accroître la ségrégation sociale et spatiale. C’est aussi une réponse à certaines perversions technocratiques…

Culture comme culture
CQFD


URBANISME : POUR UNE VILLE DESIRABLE
Au motif qu'elle ne cesse de s'étaler toujours plus loin au-delà de ses remparts d'origine, il est devenu difficile de s'accorder sur une définition de la ville, qu'elle soit durable ou désirable! A l'inverse, il semble y avoir consensus sur la définition d'une ville dont personne ne veut : « trash city » ou la ville repoussante.

Jean-François GUET Urbaniste, Délégué à la recherche - CERTU


L'ESPACE VERT AU PREMIER PLAN DE LA REPRÉSENTATION DE LA VILLE DÉSIRABLE :
L'image d'un projet d'opération d'aménagement est portée par des vues d'ensemble qui expriment le parti retenu par l'urbaniste. Habilement dessinées par des spécialistes, ces vues ont un objectif déterminant: séduire! Dans un premier temps, séduire les édiles et les membres du jury s'il y a concours. Séduire les acteurs de la ville directement concernés ou non: riverains, promoteurs et constructeurs puis habitants et électeurs. In fine, séduire les futurs acheteurs des produits immobiliers proposés. Bien sûr, on sait bien que les comportements d'achat sont dictés par la sphère des émotions. Objectif séduction : l'îlot, le quartier et la ville doivent impérativement être désirables! A l'examen des rendus des projets d'écoquartiers primés dans le cadre de l'appel à projet organisé par le ministère de l'Écologie, les vues d'ensemble proposées par les candidats respectent scrupuleusement ce qui ressemble fort à une règle de l'art : aux premiers plans, des arbres et de la pelouse, parfois une pièce d'eau, et, bien entendu, des gens heureux avec une prime à la figure de la maman épanouie accompagnée de ses jeunes enfants. Au loin, des indications de bâti qui ne permettent pas, même aux professionnels, de lire le parti d'aménagement retenu. La végétation, en masquant le projet et ses imperfections, invite à la rêverie bucolique à la façon d'une toile de Watteau. Supercheries? Peut-être, mais est-il possible d'échapper aux règles de la publicité dès lors que ce sont des planches et des images qui portent le projet? Bien hypocrite alors, celui qui ironise devant des rendus d'urbanistes conçus comme des affiches! La ville désirable c'est soleil, verdure et jolies mamans d'abord!

LE GRAND ENSEMBLE OU L'ESPACE VERT AU CŒUR DE LA VILLE REPOUSSANTE :
Le « grand ensemble » apparaît aujourd'hui comme un archétype de la ville repoussante. C'est loin d'être le seul et on peut ajouter les quartiers anciens dégradés, ou les quartiers en mutation des proches banlieues. En France, on a perdu de vue que le concept de « grand ensemble » s'opposait alors violemment, à celui, plus ancien, de « cité jardin ». La contestation par Le Corbusier du concept d'Ebenezer Howard est, pour partie l'expression de l'opposition féroce entre progressistes et réactionnaires, entre espaces verts et jardins familiaux. Dès lors, à densité équivalente, le parti de la « cité radieuse » est le négatif de celui d'une cité- jardin: un immeuble d'habitat collectif posé sur ses pilotis, au milieu d'un parc public, son « écrin de verdure ». Ce concept sera décliné sous bien des formes différentes dans les projets de grands ensembles dont il faut souligner que la densité restera faible et comparable à celle d'un lotissement, laissant aux espaces verts la moitié au moins des surfaces. Dans tous ces projets, le bâti est organisé autour de l'espace vert traité à l'anglaise (pelouses, massifs), fragmenté (Marly les grandes terres, de Lods et Honegger), ou uniforme (Les courtillières à Pantin, de Aillaud). Le parti de « ville archipel » du quartier du Lac à Bordeaux proposé par Arsène-Henry a été rendu à l'encre verte! Cependant, dans la réalité quotidienne de ces quartiers, l'espace vert, c'est ce qui reste après le bâti et les voiries: un immense délaissé, mal délimité, qui coûte toujours trop cher à entretenir! En effet, comme le montre le choix des essences, pelouse interdites d'y marcher en tête, il n'a pas d'autre fonction que l'ornement: aucun usage donc! Or, ce qui ne sert à rien, ne vaut rien: bel exemple de foncier à valeur négative! On ne s'étonnera guère que ces espaces verts n'aient jamais conféré une image positive à ces quartiers. Abondance d'espaces verts ne suffit pas à rendre la ville désirable.

L'ESPACE VERT, L'APPROCHE HÉDONISTE DE LA VILLE DÉSIRABLE :
Au sens littéral, la ville désirable renvoie à une vision hédoniste du fait urbain. Il n'est pas avéré que cette philosophie fondée sur la recherche du plaisir individuel immédiat soit compatible avec celle du développement durable qui repose sur la satisfaction des besoins des générations futures. Cependant, l'hédonisme est désormais un facteur déterminant des prix de l'immobilier qui est le seul à expliquer les différences entre quartiers, îlots et immeubles, et, au sein d'un même immeuble, les différences entre appartements identiques. Ceci est cohérent avec la vieille règle des 3 S: ce qui compte dans le choix d'un logement, c'est la situation, la situation et la situation. 1) la situation dans la ville ou l'agglomération, 2) la situation dans le quartier, 3) la situation dans l'ilot ou l'immeuble. A cet égard, le périurbain offre, entre ville et campagne, une situation d'autant plus enviable que sa relation aux, emplois, aux équipements (santé, éducation), aux services et aux commerces est facilitée; d'autant plus désirable que le foncier constructible y est abondant et abordable. Dans ce contexte, la vue préservée sur un site naturel, la proximité d'un parc ou d'un jardin public, un jardin privatif, un mail d'arbres voire un sujet remarquable sont des valeurs objectives. On considère alors que les espaces verts sont des aménités urbaines qui doivent être conçues et exploitées pour répondre à la demande des habitants comme des visiteurs: promenade et contemplation, pratiques de jeux ou de sports, aires de pique-nique ou guinguettes. Mieux les espaces verts sont composés et dessinés, mieux ils sont organisés, exploités et entretenus, plus ils influent à la hausse sur les prix. Hélas, au delà d'un certain niveau de prix, la ville désirable ne devient accessible qu'à la classe sociale supérieure. En cela, la ville désirable ne peut pas être durable. On devine alors, le rôle que jouent les « gourmets urbains » qui savent dénicher, organiser, occuper et valoriser, de nouvelles situations. Dans nos métropoles, que de quartiers ouvriers sont devenus des quartiers chics: la Croix Rousse à Lyon parmi tant d'autres. Si la ville désirable doit tout à sa situation, la ville durable doit offrir une situation désirable à chacun de ses habitants.

EN FINIR AVEC LA VILLE REPOUSSANTE : UNE ARDENTE OBLIGATION!
Rendre la ville désirable suppose d'en finir d'abord avec la ville repoussante. Si la ville repoussante ne vaut rien, c'est dire à ses habitants, qui n'y sont pour rien, qu'ils ne valent pas grand-chose. A l'iniquité de la situation économique et sociale des populations défavorisées qui peuplent les grands ensembles, s'ajoute le mépris exprimé par le délaissement d'un espace public sans signification ni usage, sans même délimitation lisible. Au titre du développement durable et de la morale républicaine, l'équité nous dicte de redonner du sens et de la valeur à l'espace public en général et aux espaces verts en particulier. Ceci suppose d'en fixer des limites raisonnables et lisibles, de l'ordonnancer selon les usages, collectifs et individuels, attendus des habitants et de composer avec les végétaux pour accompagner ces usages. Pour être désirable, la ville durable doit se faire belle!


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